Thémis au Jardin des Nymphes par Nadège Quinssac 🍂

Thémis au Jardin des Nymphes par Nadège Quinssac 🍂

C’est avec un très grand plaisir que, pour ce deuxième rendez-vous chez Kala Beauté Créatrice, le Jardin d’Hespéris revient au Jardin des Nymphes pour rencontrer Thémis, la Déesse de la justice, de l’ordre juste et de l’équilibre, la Déesse  « aux conseils avisés » selon le poète Pindare.

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Thémis, comme la Déesse Ma’at en Égypte, préside à la saison de l’Automne, dans son harmonie et dans son équilibre, rejoignant le signe de la Balance mais aussi ce que l’Automne nous invite à accueillir avant de descendre encore plus profondément dans le creux de l’Automne et dans la saison plus froide et plus sombre de l’hiver.

Thémis nous invite aujourd’hui pour nous proposer une cure tonifiante d’Automne afin de nous prémunir contre les attaques microbiennes de la saison plus froide et ainsi préserver notre vitalité comme notre bonne énergie pour entrer dans la saison suivante en pleine forme et pour vivre au mieux et en pleine harmonie le froid, l’obscurité et l’intériorité.

Thémis s’inscrit dans la gamme des Horées, Horaï en grec, les Heures au sens des Saisons. La Déesse Thémis et ses trois dernières filles, Eunomia (la Bonne Loi), Dikè (la Justice) et Eirénè (la Paix), conçues avec Zeus, découpent les portions du temps en saisons et en heures, veillant à l’équilibre et à la cyclicité des Saisons. Elles s’associent à Opora qui peut être personnifiée par la déesse de l’automne. A Thallô « celle qui germe, qui fleurit, qui devient verdoyante » pour la déesse du printemps. A Carpô « celle qui produit des fruits, qui récolte » pour la déesse de l’été. Et à Chioné la déesse de l’hiver associée au froid, à la neige.


Ces Gardiennes des Portes de l’Olympe écartaient et replaçaient une très épaisse nuée d’humidité fertilisante comme une rosée du matin, sorte de respiration cosmique qui établissait un lien, une connexion entre le monde des dieux et celui des hommes. Un équilibre qui plaisait tant aux Grecs pour qui le rythme harmonieux était très important.

Et pour rester dans cette belle harmonie ou l’inviter dans votre vie, la Déesse Thémis nous présente les plantes qui entrent dans la composition de la cure d’Automne : le Thym dont Thalie au premier rendez-vous nous avait livré les secrets, la Sarriette, le Pin Sylvestre, l’Églantier et l’Ortie.

Thémis nous propose de partir à la rencontre de la Sarriette, qui est, dès l’Antiquité, vue comme une plante vertueuse qu’il est bon d’avoir dans son jardin car les abeilles la butinent pour en faire un délicieux miel aromatique associé à d’autres plantes mellifères comme le thym. Cette plante aromatique est appréciée très tôt par les Anciens qui aimaient son goût poivré comme
condiment, ou associée au vin, ou encore mise dans le vinaigre comme un aromate, et permettant encore aujourd’hui de nettoyer les fûts et de les parfumer délicatement. La précieuse sarriette possédait des propriétés curatives déjà attestées par les Pères de la Botanique et de la Pharmacopée antiques, Dioscoride et Théophraste : elle agissait contre les maladies du foie et
du système digestif mais aussi contre les infections respiratoires et les maux de l’automne.

Dès l’Antiquité, Thémis nous apprend que la Sarriette inspire la vitalité et éveille la puissance intérieure pour quiconque sait l’apprivoiser et en faire une alliée magique. Cette « herbe du bonheur » était vue comme aphrodisiaque chez les Romains, qui l’appelaient « Satureia » en raison de sa filiation avec les Satyres, ces créatures hybrides d’hommes aux pieds de bouc, protecteurs de Dionysos dans l’enfance du dieu, et réputés pour leur vigueur sexuelle.
La Satureia montana était abondante en prairies et montagnes mais on cultivait aussi aux beaux jours ensoleillés la Satureia hortensis, la Sarriette des jardins. Cette plante magique est très prisée par les Magiciennes-Sorcières antiques car elles l’utilisaient dans la composition de philtres d’amour en les préparant avec soin au son des incantations qu’elles adressaient à Hécate. La Sarriette est une fidèle du jardin magique d’une célèbre magicienne, Médée, la nièce de Circé.
Cette plante est dite hermaphrodite et s’accorde parfaitement bien avec le message de l’Automne qui réside dans un juste équilibre des deux polarités pour les harmoniser avec délicatesse.

Puis, Thémis nous propose tout naturellement de nous tourner vers l’Ortie pour deux raisons : son nom est Urtica dioïca « celle qui brûle et qui a deux maisons », rappelant son caractère piquant à cause de ses feuilles velues et sa caractéristique de plante, elle aussi, hermaphrodite en vertu de ses
pieds mâles et de ses pieds femelles, et pour ses propriétés également aphrodisiaques, qui en fait une plante dédiée à Vénus.

Dioscoride mentionne dans ses ouvrages que l’Ortie agit aussi comme un anti-inflammatoire, comme un puissant antitussif, et possède des vertus diurétiques. Il vante les bienfaits des graines d’Ortie mêlées à du miel comme expectorantes et même aphrodisiaques. Il conseille aussi ses feuilles comme diurétiques, laxatives et emménagogues. Hippocrate, le Père de la médecine, évoque ses utilisations sous forme de décoction, ou encore de cataplasme. Les Anciens de l’Antiquité avaient déjà compris les propriétés reminéralisantes de l’Ortie, liées à sa teneur attestée aujourd’hui en fer, en oligo-éléments et en minéraux, qui en font une plante tonifiante. Thémis nous engage donc à en comprendre toute son utilité naturelle en cette saison de l’Automne, nous apportant amour, équilibre et feu intérieur stimulé.

Les propriétés médicinales de l’Ortie ont été attestées dès l’Antiquité par de nombreux médecins, botanistes et naturalistes, tous se sont accordés sur le fait que l’Ortie permettait de lutter contre les inflammations de la gorge et les rhumes de saison. Thémis nous lit un passage du poète latin, Ovide, dans son ouvrage « l’Art d’aimer », il en parle comme d’un ingrédient favori dans les philtres d’amour en jetant une pincée de graines d’Ortie dans leur préparation.
L’Ortie est associée aux sortilèges de guérison et de purification: de nombreuses cultures s’en servent comme d’un puissant talisman censé protéger des influences négatives et des esprits maléfiques.

Nous poursuivons ensuite ce tour de jardin avec Thémis qui nous présente la Rosa Canina, la Rose du chien, mais pourquoi un tel nom pour l’Eglantier ?
La Déesse nous explique tout, ravie de nous en apprendre un peu plus sur cette Rose sauvage. [Kuon] et [Rhodon] forment en grec chien et rose soit la « rose du chien » ou cynorhodon où l’on retrouve mieux l’étymologie grecque.

Le naturaliste antique, Pline l’Ancien, expliquait que la racine de l’églantier permettait de soigner la morsure occasionnée par un chien enragé. Il nous livre une anecdote à l’appui de ses expérimentations : il nous rapporte un rêve fait par la mère d’un jeune soldat qui lui transmettait comme message d’envoyer à son fils la racine d’un rosier sauvage qu’elle avait vu dans un fourré en se promenant et qui l’avait séduite.
Quelques jours après ce rêve, elle reçoit une lettre de son fils qui lui dit avoir été mordu par un chien, elle lui dit alors de bien obéir à sa prescription concernant la racine de ce rosier sauvage et il fut sauvé, comme bien d’autres après lui le furent après avoir testé ce [pharmakon], ce remède.

Dans la mythologie, la Rose sauvage tient une place importante. On raconte qu’elle serait née du sang d’Adonis, mortellement blessé, et de celui d’Aphrodite, son amante, qui se serait hâtée de lui porter secours, mais se serait écorchée à un buisson de ronces, faisant perler quelques gouttes de sang. La fleur de l’Eglantier est appelée en mythologie scandinave « Epine de Freya ».

Thémis nous montre alors toute la contiguïté avec le sacré entre l’Eglantier sauvage et la Rose de nos jardins : il n’y a qu’un pas à danser entre Rose sauvage et Rose cultivée. Au jardin antique, on lui associe comme compagnes la violette et le lys comme essences florales aux parfums divins. Et en souvenir, Thémis nous offre des fruits rouges d’Eglantier, indissociables du bouquet d’automne qu’elle a composé pour nous avec de flamboyantes couleurs.

Enfin, Thémis s’arrête devant le Pin sylvestre, associé depuis toujours aux arbres de l’éternité comme le sapin ou le cyprès. Cet arbre est chargé d’histoire que la Déesse se fait une joie de nous confier. Le Pin sylvestre était considéré comme sacré et rien que le fait de toucher ses aiguilles pouvait être vu comme un sacrilège. Les Anciens parlaient de « sa sueur » pour désigner la résine de l’arbre, le personnifiant de cette façon et le rendant ainsi sacré.

Les Faunes, ces êtres de la forêt, ornaient leur front de couronnes de pin, avec des pommes de pin. Le dieu Pan, dieu des forêts, mi-homme, mi-bouc, est très étroitement associé au Pin sylvestre. La pomme de pin symbolisait la fécondité car issue d’un arbre qui aurait permis au dieu Pan de garder pour toujours auprès de lui celle qu’il chérissait, la nymphe Pithys, qu’il découvre morte au bas d’une falaise, à cause du souffle violent de Borée, le vent du Nord, jaloux de Pithys qui l’avait repoussé. Il la métamorphose en pin et on dit qu’à l’automne, lorsque le vent du Nord se met à souffler, de fines larmes de résine coulent de « l’arbre-nymphe ».

Ainsi Thémis nous permet de comprendre pourquoi la fécondité est associée à cet arbre. Les pignons de pin revêtent eux aussi un aspect très important dans l’Antiquité : précieusement conservés dans des vases d’argile emplis de terre ou cuits dans du miel, ils étaient, selon Pline l’Ancien, de puissants antidotes comme des substances médicinales efficaces contre les affections respiratoires de l’hiver, avec des qualités désinfectantes, antiseptiques et expectorantes.

Dans le culte de Cybèle, la Déesse-Mère d’Asie mineure vénérée chez les Minoens, en Crète, le Pin est d’une importance capitale car il représente le jeune Atys, que la déesse aurait transformé en pin pour éviter qu’il ne la trahisse en aimant une jeune naïade pour laquelle il aurait été prêt à renoncer à son vœu de chasteté, prononcé solennellement en s’engageant auprès de Cybèle. Son éternel vert et son feuillage persistant d’aiguilles prouvent la volonté de Cybèle de garder toujours vivant le souvenir du jeune et beau Atys.

A Rome, le culte de Cybèle et d’Atys était très célébré au mois de mars et les Romains confectionnaient les flambeaux de noces dans du bois de pin. C’est ainsi que nous comprenons combien le Pin est associé lui aussi à l’amour et aux polarités masculin-féminin.

C’est à la fin de ce tour de jardin aromatique et sylvestre que Thémis nous invite alors à nous chérir et à nous accompagner durant l’Automne avec sa belle Cure pour toutes ses propriétés équilibrantes, tonifiantes, et bienfaitrices, en nous reliant avec émotion et respect à l’Antiquité. Nous comprenons ainsi d’autant mieux toute la majesté de Thémis qui nous éclaire sur la présence du grec et de ses trésors au cœur de notre vie, de notre beauté et de notre santé.

Ce fut une belle invitation au Jardin des Nymphes... Nous remercions Thémis qui nous accompagnera pour prendre soin de nous dans ce voyage tout en douceur vers les profondeurs de l’Automne jusqu’au seuil de l'hiver...


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